Partager l'article ! Les négociations climatiques mondiales sont elles menacées?: La Conférence de Durban approche à grands pas et il n'est pas certain que le suc ...
La Conférence de Durban approche à grands pas et il n'est pas certain que le succès soit au rendez-vous. Cette année encore plus que les autres, les chances de parvenir à un accord contraignant sont infimes. Plusieurs raisons à cela, que je vais tenter de lister.
En premier lieu, le contexte de crise globale n'est pas favorable à un accord, étant donné que peu d'Etats seront prêts à prendre des engagements financiers, de par leur niveau d'endettement. Ils seront en outre moins enclins à imposer des objectifs contraignants à leurs industries, alors que dans le même temps, ils souhaitent relancer la croissance. Même si la transition vers une économie à faible intensité carbonique a des vertus sur le long terme, force est de constater que les politiques la voient en premier lieu comme un coût à court terme et comme ils se positionnent vis-à-vis des prochaines élections, il y a peu de chance qu'ils prennent le risque de froisser leurs électeurs. Par conséquent, si les Vingt-sept confirment qu’ils respecteront leurs engagements financiers, ils vont très certainement le moduler du fait de la crise économique.
De plus, si l’UE a adopté une position commune le 23 octobre dernier en faveur d'une deuxième période d'engagement au titre du Protocole de Kyoto, celle-ci reste une position a minima du fait des dissensions entre les Etats souhaitant s’engager dans une deuxième période du Protocole de Kyoto (Danemark, France, Espagne et Belgique) et ceux qui y sont opposés (Allemagne et Royaume-Uni). Ces derniers arguent en effet de ce que l’UE ne contribue que pour 11% aux émissions de CO2 mondiales. Ce n’est par conséquent pas à elle de montrer l’exemple, selon eux. Le compromis trouvé propose que cette nouvelle période d'engagement soit une phase de transition permettant de poursuivre le processus de négociation en vue d’aboutir à un nouveau cadre mondial complet et juridiquement contraignant. Mais les 27 Etats membres rappellent que l’UE ne s’impliquera dans une seconde période d’engagement qu'à condition que le plus grand nombre de pays partenaires possibles (grandes économies, pays émergents et pays en développement) fassent de même.
De plus, malgré l’engagement de la Commissaire Hedegaard, qui a repris son bâton de pèlerin pour tenter de convaincre les partenaires de l’UE qu’un accord global était possible à Durban, on murmure déjà dans les milieux informés que les Etats membres, dont la position officielle est de conclure un nouvel accord globalement contraignant le plus tôt possible, pourraient se satisfaire de la proposition de l’Australie et de la Norvège qui vise à parvenir à un accord globalement contraignant en 2015 au plus tôt. En effet, la dernière réunion de préparation pour Durban, qui a eu lieu à Panama la première semaine d’octobre, entre les parties cocontractantes au Protocole de Kyoto, a démontré qu’il n’y aurait pas de nouvel accord juridiquement contraignant entre les parties. Les pays signataires du protocole tenteront tout au plus de sauver le processus.
Outre la crise qui plombe les négociations, on peut également se demander ce qui est arrivé à ces promoteurs de la lutte contre le changement climatique. Où sont passés les objectifs ambitieux de l'Union européenne? La Commission européenne, qui mettait jusqu’à présent en avant ses objectifs ambitieux de réductions des émissions notamment pour tenter de peser dans les négociations climatiques internationales et qui comptait les relever alors qu’elle présentait sa feuille de route 2050 sur une économie à faible intensité carbonique, semble avoir revu ses prétentions à la baisse. On attend la présentation des objectifs sectoriels de cette feuille de route pour le mois prochain, mais il est déjà possible de sentir que le vent a tourné.
Concernant les objectifs de réduction des émissions de CO2, le projet de passer de 20 à 30% d’ici à 2020 a peu de chance d’être repris. En effet, si la Commissaire Hedegaard continue de penser que ce serait une bonne chose, son collègue en charge de l’énergie Günther Öttinger, a clairement critiqué cette décision la trouvant dangereuse pour l’industrie européenne.
Par ailleurs, les Etats membres sont eux aussi peu enclins à soutenir cette proposition, malgré un appel en faveur de cette mesure émanant de sept Etats membres le 14 mars dernier. Il semble que la crise économique soit passée par là. En outre, la Pologne, qui assure la Présidence de l’Union actuellement, a choisi d’écarter du débat la question sensible de la réduction des émissions pour se concentrer sur des problématiques plus fédératrices comme l’efficacité énergétique ou des spécificités techniques, comme le mécanisme CDM (Clean Development Mechanism).
La même désinvolture semble avoir frappé le Parlement européen où le vote sur le Rapport d’initiative de l’eurodéputé vert néerlandais Bas Eickhout sur le passage à 30% de réduction d’émissions a été annulé. Le Rapporteur a en effet préféré, devant les nombreux amendements qui avaient grandement modifié son texte, ne pas voter un rapport moins ambitieux que ce qu’il proposait initialement.
Bref position commune a minima, Commission divisée, Parlement qui abandonne la lutte, Conseil emmené par un pays climato-sceptique à Durban, on ne sait pas ce qui va sortir de cette réunion pour l'heure, mais rien ne semble indiquer que ce sera positif... La réponse le 9 décembre!
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