Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 12:08

La situation en Grèce et surtout la cacophonie suite à la décision grecque de procéder à un référendum concernant l'approbation du plan de sauvetage négocié avec les autres Etat de la zone Euro montre clairement que la prise de décision au sein de la zone Euro et sa gouvernance sont complètement inadaptées. Il y a donc un besoin urgent de réformer la prise de décision entre les Etats de l'Eurozone.

 

Tout d'abord il convient que la Commission reprenne en main sa compétence d'initiative et fasse des propositions au lieu de laisser le Conseil et notamment le couple franco-allemand faire la pluie et le beau temps. Comme le proposent les Néerlandais, on pourrait désigner un Commissaire responsable de l'Euro qui aurait le même type de compétences que le Commissaire à la Concurrence (possibilité de lancer des investigations et d'imposer des amendes aux Etats ne respectant pas les règles notamment) ce qui lui permettrait d'harmoniser les décisions prises au sein de la zone Euro dans de nombreux domaines. On pense notamment à la politique budgétaire dans le cadre du Semestre européen, processus qui permet à la Commission de contrôler les budgets des Etats membres afin de s'assurer d'une cohérence entre les budget des différents Etats membres, mais on pourrait voir beaucoup plus loin.

 

En effet, il est temps de renforcer le Marché Unique en permettant réellement aux Européens de travailler et de se déplacer dans les autres Etats membres. Cela passe évidemment par une harmonisation des législations du travail, mais aussi de la fiscalité, des retraites ou encore de l'éducation. Cette harmonisation permettrait d'en finir avec le dumping social et la concurrence fiscale qui fait que trop peu d'Européens osent partir vivre dans des pays où on leur propose un emploi, sous prétexte que les salaires dans ce dernier sont trop faibles. Cela permettrait également de rendre plus acceptable les délocalisations dans la mesure où assurés de toucher un salaire décent, d'avoir les connaissances de base pour pouvoir communiquer avec les personnes dans le pays d'accueil, du fait d'un socle commun de connaissances linguistiques qui pourrait être instauré dans l'ensemble des Etats membres, de bénéficier de la portabilité de leurs droits à pension, les Européens ne verraient plus d'obstacles réels à aller vivre dans un autre Etat membre que le leur.

 

Par ailleurs, une autre possibilité afin de renforcer le pouvoir des peuples dans le cadre de décisions portant à conséquence pour l'ensemble de l'Union européenne, serait de soumettre ce type d'accords à l'approbation du Parlement européen, qui reste ne l'oublions pas, l'organe de représentation des peuples européens.

 

Enfin, dans le cadre de sanctions, il pourrait être utile, comme le proposent les Néerlandais, de priver un Etat qui laisse trop longtemps filer son déficit de son droit de vote au Conseil et à termes, de l'exclure de la zone Euro. Le fait de graver dans le marbre ce type de règles devrait permettre d'en finir avec la tradition du recours au principe de la pression des pairs qui, il faut bien le reconnaitre, n'a pas montré beaucoup de résultats ces derniers temps...

 

Evidemment pour arriver à cela, il faudra passer par un changement des Traités. Et bien entendu, la modification du Traité imposera une ratification par les 27 Etats membres avant que les changements ne puissent entrer en vigueur. Il est donc peu probable que ce soit le cas rapidement, sauf si la situation empire de façon incontrôlable. 

 

Qui a dit qu'une crise était également une opportunité?

Par PéZsi - Publié dans : Mes coulisses de Bruxelles
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Mardi 1 novembre 2011 2 01 /11 /Nov /2011 13:58

Si vous vous rappelez bien, j'avais posté un billet concernant la possibilité de modifier les règles concernant la pension de réversion dans le cadre de l'examen du projet de loi sur le financement de la Sécurité sociale,  sur lequel un débat avait lieu mercredi dernier à l'Assemblée nationale. Pour mémoire, rappelons qu'actuellement la pension de réversion n'est pas accessible aux couples pacsés. Et au vu des discussions, il semble que la question va être évacuée par le gouvernement Fillon en deux coups de cuiller à pot.

 

En effet, lors du débat, une quesiton a été adressée au gouvernement par la député PS Marie-Françoise Clergeau qui visait à connaître la position de ce dernier sur la possibilité de faire bénéficier les couples pacsés des avantages de la pension de réversion. La réponse de Valérie Pécresse, Ministre du Budget est un bijou de mauvaise foi. Elle a en effet expliqué que ce n'était pas à l'ordre du jour, étant donné que des devoirs différents impliquaient des droits différents. Comme si la question se résumait à un choix, celui de choisir le PACS, plus simple à conclure et à mettre en oeuvre qu'un mariage.

 

Pourtant, si je me souviens bien, en France, les couples homosexuels n'ont toujours pas la possibilité de se marier. Par conséquent, expliquer que le PACS n'offre pas les mêmes droits que le mariage, comme si les pacsés n'avaient qu'à s'en prendre qu'à eux-même de ne pas avoir choisi le mariage, pour justifier l'impossibilité de bénéficier de la pension de réversion c'est oublier un peu vite une partie du problème.

 

Car en effet, tant que l'égalité des droits ne sera pas totale entre les citoyens, justifier une différence de traitement sur la base d'un choix qui n'existe pas restera une profonde injustice. Bref avant de donner des leçons de choses aux gens et de rejeter la faute sur eux, Madame Pécresse ferait mieux de s'assurer que les règles du jeu sont les mêmes pour tous.

 

Par PéZsi - Publié dans : Billets d'humeur
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Mardi 1 novembre 2011 2 01 /11 /Nov /2011 13:15

Il faut croire que nous n'avions pas assez de problèmes comme cela. Après l'accord obtenu le 26 octobre par les Chefs d'Etat et de gouvernement de la zone Euro sur un nouveau plan de sauvetage de la Grèce, un renforcement du fonds de stabilité et la recapitalisation du secteur bancaire, on pensait que c'était bon. Et bien en fait on s'était trompés.

 

Le Premier Ministre grec, Georges Papandréou, a décidé de soumettre le deuxième plan de sauvetage de la Grèce à un référendum, en plus du vote au Parlement grec. Ce référendum concernerait le plan d'aide fraichement adopté, le renoncement volontaire par les banques à une partie de la dette grecque et les très impopulaires mesures d'austérité. Notons que si le vote au Parlement est plus ou moins certain d'être positif, les députés du PASOK disposant de la majorité au parlement, il est quand même beaucoup plus difficile de parier sur le résultat d'un référendum.

 

Et c'est un gros risque que prend le Premier Ministre grec. En effet, en cas de vote négatif, l'accord entre la Grèce, la Commission, la BCE et le FMI sur le versement de l'aide en échange d'un programme d'austérité serait caduc. Il n'y aurait donc plus de moyen pour la Grèce d'honorer ses engagements vis-à-vis des marchés et le pays ferait défaut, avec les conséquences que l'on sait sur la zone Euro et l'économie mondiale.

 

En revanche, si le vote est positif, Monsieur Papandréou sortira renforcé de cette épreuve, puisque la décision de prendre des mesures draconniennes aura été prise par le peuple et plus par son gouvernement. Cela lui permettrait de faire taire les critiques du parti d'opposition, Nouvelle Démocratie, et d'éloigner le risque de devoir organiser des élections anticipées et ainsi de poursuivre les réformes engagées.

 

On ne sait pas encore quand exactement aura lieu ce référendum, on évoque le mois de janvier, ni quelle sera la formulation de la question qui sera posée aux Grecs. Monsieur Papandréou a expliqué que la question porterait sur le soutien apporté par le peuple grec aux mesures d'austérité et à l'accord sur la dette en échange d'une aide financière étrangère. Certains évoquent plus directement la volonté des Grecs de rester ou pas dans la zone Euro, c'est le cas du Ministre finlandais des Affaires européennes, Alexander Stubb. Quant au Ministre des Finances grec, Evangelos Venizelos, il considère que le référendum reviendra à demander aux Grecs s'ils souhaitent rester dans le monde dévelopé ou retourner dans les années 1960.

 

Concernant les raisons de ce choix, certains évoquent un moyen pour le Premier Ministre grec de mettre la pression sur les banques avec lesquelles les discussions sur les modalités du renoncement à une partie de la dette grecque n'ont pas encore été conclues. La possibilité de voir cet accord soumis à un référendum pourrait inciter les banques à accepter un accord plutôt que de risquer de tout perdre en cas de rejet.

 

Dans tous les cas, il semble que le Premier Ministre grec abatte une de ses dernières cartes. Souhaitons qu'il ait une main heureuse!

Par PéZsi - Publié dans : Mes coulisses de Bruxelles
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Lundi 31 octobre 2011 1 31 /10 /Oct /2011 17:13

La Conférence de Durban approche à grands pas et il n'est pas certain que le succès soit au rendez-vous. Cette année encore plus que les autres, les chances de parvenir à un accord contraignant sont infimes. Plusieurs raisons à cela, que je vais tenter de lister.

 

En premier lieu, le contexte de crise globale n'est pas favorable à un accord, étant donné que peu d'Etats seront prêts à prendre des engagements financiers, de par leur niveau d'endettement. Ils seront en outre moins enclins à imposer des objectifs contraignants à leurs industries, alors que dans le même temps, ils souhaitent relancer la croissance. Même si la transition vers une économie à faible intensité carbonique a des vertus sur le long terme, force est de constater que les politiques la voient en premier lieu comme un coût à court terme et comme ils se positionnent vis-à-vis des prochaines élections, il y a peu de chance qu'ils prennent le risque de froisser leurs électeurs. Par conséquent, si les Vingt-sept confirment qu’ils respecteront leurs engagements financiers, ils vont très certainement le moduler du fait de la crise économique.

 

De plus, si l’UE a adopté une position commune le 23 octobre dernier en faveur d'une deuxième période d'engagement au titre du Protocole de Kyoto, celle-ci reste une position a minima du fait des dissensions entre les Etats souhaitant s’engager dans une deuxième période du Protocole de Kyoto (Danemark, France, Espagne et Belgique) et ceux qui y sont opposés (Allemagne et Royaume-Uni). Ces derniers arguent en effet de ce que l’UE ne contribue que pour 11% aux émissions de CO2 mondiales. Ce n’est par conséquent pas à elle de montrer l’exemple, selon eux. Le compromis trouvé propose que cette nouvelle période d'engagement soit une phase de transition permettant de poursuivre le processus de négociation en vue d’aboutir à un nouveau cadre mondial complet et juridiquement contraignant. Mais les 27 Etats membres rappellent que l’UE ne s’impliquera dans une seconde période d’engagement qu'à condition que le plus grand nombre de pays partenaires possibles (grandes économies, pays émergents et pays en développement) fassent  de même. 

 

De plus, malgré l’engagement de la Commissaire Hedegaard, qui a repris son bâton de pèlerin pour tenter de convaincre les partenaires de l’UE qu’un accord global était possible à Durban, on murmure déjà dans les milieux informés que les Etats membres, dont la position officielle est de conclure un nouvel accord globalement contraignant le plus tôt possible, pourraient se satisfaire de la proposition de l’Australie et de la Norvège qui vise à parvenir à un accord globalement contraignant en 2015 au plus tôt. En effet, la dernière réunion de préparation pour Durban, qui a eu lieu à Panama la première semaine d’octobre, entre les parties cocontractantes au Protocole de Kyoto, a démontré qu’il n’y aurait pas de nouvel accord juridiquement contraignant entre les parties. Les pays signataires du protocole tenteront tout au plus de sauver le processus.

 

Outre la crise qui plombe les négociations, on peut également se demander ce qui est arrivé à ces promoteurs de la lutte contre le changement climatique. Où sont passés les objectifs ambitieux de l'Union européenne? La Commission européenne, qui mettait jusqu’à présent en avant ses objectifs ambitieux de réductions des émissions notamment pour tenter de peser dans les négociations climatiques internationales et qui comptait les relever alors qu’elle présentait sa feuille de route 2050 sur une économie à faible intensité carbonique, semble avoir revu ses prétentions à la baisse. On attend la présentation des objectifs sectoriels de cette feuille de route pour le mois prochain, mais il est déjà possible de sentir que le vent a tourné.

 

Concernant les objectifs de réduction des émissions de CO2, le projet de passer de 20 à 30% d’ici à 2020 a peu de chance d’être repris. En effet, si la Commissaire Hedegaard continue de penser que ce serait une bonne chose, son collègue en charge de l’énergie Günther Öttinger, a clairement critiqué cette décision la trouvant dangereuse pour l’industrie européenne.

 

Par ailleurs, les Etats membres sont eux aussi peu enclins à soutenir cette proposition, malgré un appel en faveur de cette mesure émanant de sept Etats membres le 14 mars dernier. Il semble que la crise économique soit passée par là. En outre, la Pologne, qui assure la Présidence de l’Union actuellement, a choisi d’écarter du débat la question sensible de la réduction des émissions pour se concentrer sur des problématiques plus fédératrices comme l’efficacité énergétique ou des spécificités techniques, comme le mécanisme CDM (Clean Development Mechanism).

 

La même désinvolture semble avoir frappé le Parlement européen où le vote sur le Rapport d’initiative de l’eurodéputé vert néerlandais Bas Eickhout sur le passage à 30% de réduction d’émissions a été annulé. Le Rapporteur a en effet préféré, devant les nombreux amendements qui avaient grandement modifié son texte, ne pas voter un rapport moins ambitieux que ce qu’il proposait initialement.

 

Bref position commune a minima, Commission divisée, Parlement qui abandonne la lutte, Conseil emmené par un pays climato-sceptique à Durban, on ne sait pas ce qui va sortir de cette réunion pour l'heure, mais rien ne semble indiquer que ce sera positif... La réponse le 9 décembre!

Par PéZsi - Publié dans : Mes coulisses de Bruxelles
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Lundi 31 octobre 2011 1 31 /10 /Oct /2011 14:15

Comme vous le savez peut-être, la grande décision qui a été prise lors du Sommet des Chefs d'Etat et de gouvernement de la zone Euro le 26 octobre dernier, c'est la création, sous l'égide du FMI, d'un fonds d'investissement qui permettra, aux côtés de la Facilité EFSF, le fameux fonds de sauvetage européen, de racheter de la dette des pays en difficultés, afin de la stabiliser et de protéger ces pays des conséquences d'une dégradation de leur notation, pour schématiser grossièrement.

 

L'Union européenne a donc décidé d'appeler à la rescousse les émergents, Chine, Brésil, Russie, Inde et Afrique du Sud en tête. Mais à quel prix? Il serait en effet illusoire de s'imaginer que ces pays vont s'engager à investir pour stabiliser les économies européennes simplement par philantropie et au nom de la solidarité internationale. Il semble peu probable, en effet, que le seul argument de la bonne santé financière de leur principal débouché commercial suffise à justifier une intervention financière substantielle. La question est donc que va-t-on lâcher en échange de ce soutien?

 

Il y a là matière à spéculation, va-t-on basarder la lutte contre le changement climatique? Laissera-t-on tomber la promotion de normes sociales élevées, les droits de l'Homme, le tout à la fois, les paris sont ouverts! Et si au final, on était contraints, comme la Grèce, de vendre des pans entiers de nos économies, en échange du soutien chinois et des autres? Personne ne peut encore le dire, mais la question fait débat en Europe.

 

Certains évoquaient récemment l'idée que les Chefs d'Etat et de gouvernement de l'Eurozone seraient prêts à tout pour sauver l'Euro, même à mettre en place des mesures auxquels ils se sont jusqu'à présent opposés, partant du principe que la fin de l'Euro serait infiniment plus coûteuse que quelque mesure de sauvetage que ce soit. Peut-être qu'avant de proposer ce type de solution, qui risque une fois encore de fournir des arguments aux eurosceptiques et autres populistes, pour taper sur l'Europe, ils auraient pu envisager d'autres scenarios.

 

Je n'ai personnellement pas de réponse à ces questions. Je serais ravi, en revanche, si mes lecteurs avaient un avis sur le sujet, qu'ils me le fassent partager.

Par PéZsi - Publié dans : Mes coulisses de Bruxelles
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